CHRONIQUE – Du même sang, des chaînes différentes : la dialectique Sonko-Diomaye (Par Sakho Ndiambé)
Il y a, au fond de la politique sénégalaise, une histoire qui n’en finit pas d’être écrite. Une histoire d’amitié, de rivalité, de désir de reconnaissance et de lutte à mort. Celle de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Pour la comprendre, il faut convoquer Hegel et sa dialectique du maître et de l’esclave : […]
Il y a, au fond de la politique sénégalaise, une histoire qui n’en finit pas d’être écrite. Une histoire d’amitié, de rivalité, de désir de reconnaissance et de lutte à mort. Celle de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko. Pour la comprendre, il faut convoquer Hegel et sa dialectique du maître et de l’esclave : deux consciences opposées, confrontées dans une lutte acharnée par un désir mutuel d’affirmation, jusqu’à ce que l’une impose sa domination et que l’autre, vaincue, se retrouve asservie. Mais Hegel nous prévient : la dialectique ne s’arrête jamais. Les positions peuvent s’inverser. Ou bien un tiers peut surgir, balayant les deux protagonistes. Pour éclairer ce duel moderne, on ne peut s’empêcher de penser à un autre couple fondateur du Sénégal indépendant : Senghor et Mamadou Dia. Eux aussi furent frères de lutte avant de devenir maître et esclave, avant que le premier n’enferme le second dans une prison politique. L’histoire, dit-on, ne se répète pas. Mais elle rime. Retour sur une décennie de lutte à mort pour la reconnaissance, rythmée par les gestes symboliques d’une amitié devenue combat.
Tout commence dans l’ombre du syndicalisme, bien avant la création du PASTEF. Diomaye et Sonko se rencontrent sur les terrains de la contestation fiscale et sociale. Même combat, mêmes ennemis, mêmes nuits blanches à échafauder des rêves de rupture. À cette époque, ils sont deux consciences qui se reconnaissent comme égales. Pas encore de maître, pas encore d’esclave. Simplement deux frères d’armes qui s’ignorent encore rivaux. Le premier geste de cette dialectique naissante est un geste d’alliance : Diomaye donne à l’un de ses enfants le nom de Sonko. Un lien de sang symbolique, une reconnaissance absolue. Celui qui porte le nom de l’autre accepte, déjà, une forme de dépendance affective. Senghor et Mamadou Dia, à l’aube de l’indépendance, partageaient cette même ivresse fraternelle. L’un le poète-roi, l’autre le bâtisseur intègre. Ils incarnaient ensemble le Sénégal nouveau. Avant que l’ombre d’une rivalité ne vienne assombrir leurs visages.
L’ascension commune et les premiers craquements (2014-2024).
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La création du PASTEF, la percée de 2019, l’inéligibilité de Sonko, la prison. Tout cela creuse un écart tout en les soudant. Sonko devient l’icône, le martyr, le chef incontesté. Diomaye, lui, reste le fidèle, le secrétaire général exécutif, le bras droit. Pourtant, dès les premières victoires, des bisbilles négligeable
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