Édito : Mbougar Sarr et la tentation du magistère moral (Pape Diogoye FAYE)
Mohamed Mbougar Sarr est un écrivain talentueux. Son œuvre mérite le respect et son droit à la parole est incontestable. Mais le talent littéraire ne confère ni une expertise particulière en matière de gouvernance ni une autorité morale supérieure sur le reste des citoyens. Dans sa tribune affirmant que « ce mandat est déjà quasi […]
Mohamed Mbougar Sarr est un écrivain talentueux. Son œuvre mérite le respect et son droit à la parole est incontestable. Mais le talent littéraire ne confère ni une expertise particulière en matière de gouvernance ni une autorité morale supérieure sur le reste des citoyens.
Dans sa tribune affirmant que « ce mandat est déjà quasi perdu », l’écrivain pose un jugement définitif sur une alternance arrivée au pouvoir il y a à peine deux ans. Plus que la critique elle-même, parfaitement légitime dans une démocratie, c’est la posture qui interroge. D’où tire-t-il cette légitimité qui lui permet de distribuer les satisfecit et les blâmes comme s’il détenait seul la bonne lecture de la situation nationale ?
Le Sénégal a toujours compté des intellectuels engagés. Mais les plus respectés étaient souvent ceux qui éclairaient le débat plutôt que ceux qui prétendaient le surplomber. Or, à la lecture de cette tribune, on retrouve cette tendance récurrente chez Mbougar Sarr à se poser en juge du moment politique, avec une condescendance à peine voilée envers les acteurs publics et les citoyens qui ne partagent pas ses conclusions.
Le plus surprenant est la rapidité du verdict. Le pays sort d’une alternance historique, dans un contexte économique et financier difficile. Les attentes sont immenses, les contraintes nombreuses et les réformes complexes. Pourtant, pour l’écrivain, le jugement semble déjà rendu : l’échec serait consommé.
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Cette certitude révèle davantage une disposition d’esprit qu’une véritable analyse. Car l’intellectuel n’est pas celui qui rejoint systématiquement le chœur des mécontents. Il est celui qui apporte de la nuance, de la profondeur et de la perspective lorsque le débat public se résume aux slogans et aux émotions.
Mohamed Mbougar Sarr a parfaitement le droit de critiquer le pouvoir. Mais les Sénégalais ont tout autant le droit de lui rappeler qu’un prix littéraire n’est pas un mandat populaire, qu’une belle plume ne vaut pas expertise universelle et que l’humilité demeure une vertu, y compris pour ceux qui prétendent éclairer leur époque.
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